mercredi 5 août 2009

LINCOLN ETAIT-IL ROI DE LA CRITIQUE ET DU REPROCHE?

ABRAHAM LINCOLN ETAIT LE PLUS GRAND MENEUR D'HOMME
Extrait de "COMMENT SE FAIRE DES AMIS" de DALE CARNEGIE

Le samedi matin 15 avril 1865, Abraham Lincoln agonisait dans une chambre d’hôtel juste en face du théâtre Ford où Booth, unexalté politique, l’avait abattu d’une balle de revolver. Le long corps de Lincoln reposait en travers du lit trop court. Une reproduction du tableau de Rosa Bonheur, La Foire aux chevaux,était suspendue au mur, et un manchon à gaz éclairaitlugubrement la scène de sa lueur jaune.
Tandis que Lincoln achevait de mourir, Stanton, le ministre de la Guerre, qui était présent, dit: « Voilà le plus parfait meneur d’hommes que le monde ait jamais connu".
Quel fut le secret de Lincoln? Comment s’y prenait-il pour avoirune telle emprise sur les êtres ? Pendant dix ans, j’ai étudié la vie d’Abraham Lincoln, j’ai passé trois ans à écrire un livre intitulé Lincoln l’inconnu. Je crois avoir fait de sa personnalité, de sa vieintime, une étude aussi détaillée et complète qu’il était humainement possible de le faire. J’ai spécialement analysé lesméthodes qu’il appliquait dans ses rapports avec ses semblables.
Aimait-il critiquer? Oh ! Oui. Au temps de sa jeunesse, quand ilhabitait Pigeon Creek Valley, dans l’Etat d’Indiana, il allait jusqu’àécrire des épigrammes, des lettres, dans lesquelles il ridiculisaitcertaines personnes, et qu’il laissait tomber sur les routes,espérant que les intéressés les trouveraient. L’une de ces lettressuscita des rancunes qui durèrent toute une vie. Et même, devenu plus tard avoué à Springfield, dans l’Illinois, ilprovoquait ses adversaires dans des lettres ouvertes aux journaux.Un jour vint où la mesure fut comble...En 1842, il s’attaqua à un politicien irlandais vaniteux et batailleur,du nom de James Shields. Il le ridiculisa outrageusement dans leSpringfield Journal. Un rire immense secoua la ville. Shields, fier etsusceptible, bondit sous l’outrage. Il découvrit l’auteur de la lettre,sauta sur son cheval, trouva Lincoln et le provoqua en duel.Lincoln ne voulait pas se battre:Il était opposé au duel, mais il ne pouvait l’éviter et sauver sonhonneur. On lui laissa le choix des armes. Comme il avait de longsbras, il se décida pour l’épée de cavalerie et prit des leçonsd’escrime. Au jour dit, les deux adversaires se rencontrèrent surles bords du Mississippi, prêts à se battre jusqu’à la mort.Heureusement, à la dernière minute, les témoins inter vinrent etarrêtèrent le duel.Ce fut l’incident le plus tragique de la vie privée de Lincoln. Il entira une précieuse leçon sur la manière de traiter ses semblables.Jamais plus il n’écrivit une lettre d’insultes ou de sarcasmes.
A partir de ce moment, il se garda de critiquer les autres.
Pendant la guerre de Sécession, Lincoln dut, à maintes reprises,changer les généraux qui étaient à la tête de l’armée du Potomac ;à tour de rôle, ils commettaient de funestes erreurs et plongeaientLin- coin dans le désespoir. La moitié du pays maudissait férocement ces généraux incapables. Cependant, Lincoln, «sansmalice aucune et charitable envers tous », restait modéré dans sespropos. Une de ses citations préférées était celle-ci : « Ne jugepoint si tu ne veux point être jugé. »Et lorsque Mrs Lincoln ou d’autres blâmaient sévèrement les Sudistes, Lincoln répondait : « Ne les condamnez point; dans les mêmes circonstances, nous aurions agi exactement comme eux. »
Cependant, si jamais homme eut lieu de critiquer, ce fut bien Lincoln. Lisez plutôt ceci:La bataille de Gettysburg se poursuivit pendant les trois premiersjours de juillet 1863. Dans la nuit du 4, le général Lee ordonna laretraite vers le sud, tan dis que des pluies torrentielles noyaient lepays. Quand Lee atteignit le Potomac à la tête de son arméevaincue, il fut arrêté par le fleuve grossi et infranchissable.Derrière lui, se trouvait l’armée victorieuse des Nordistes. Il setrouvait pris dans un piège. La fuite était impossible. Lincoln comprit cela; il aperçut cette chance unique, cette aubaine inespérée : la possibilité de capturer Lee immédiate ment et demettre un terme aux hostilités. Alors, plein d’un immense espoir, il télégraphia au général Meade d’attaquer sur l’heure sans réunir le Conseil de guerre. De plus il envoya un messager pour confirmerson ordre.Et que fit le général Meade? Il fit exactement le contraire de cequ’on lui demandait. Il réunit un Conseil de guerre malgré ladéfense de Lincoln. Il hésita, tergiversa. Il refusa finalementd’attaquer Lee. Pendant ce temps, les eaux se retirèrent et Lee put s’échapper avec ses hommes au-delà du Potomac.Lincoln était furieux.
« Grands dieux! Nous les tenions ; nousn’avions qu’à étendre la main pour les cueillir et pourtant, malgrémes ordres pressants, notre armée n’a rien fait. Dans descirconstances pareilles, n’importe quel général aurait pu vaincreLee. Moi-même, si j’avais été là-bas, j’aurais pu le battre ! »Plein de rancune, Lincoln écrivit à Meade la lettre suivante.Rappelez-vous qu’à cette époque de sa vie, il était très tolérant etfort modéré dans ses paroles.Ces lignes constituaient donc, pour un homme comme lui, le plusamer des reproches:
Mon Général,
« Je ne crois pas que vous appréciez toute l’étendue dudésastre causé par la fuite de Lee. Il était à portée de main et, sivous l’aviez attaqué, votre prompt assaut, succédant à nosprécédentes victoires, aurait amené à la fin de la guerre.Maintenant, au contraire, elle va se prolonger indéfiniment. Sivous n’avez pu combattre Lee, lundi dernier, comment pourrezvousl’attaquer de l’autre côté du fleuve, avec deux tiersseulement des forces dont vous disposiez alors ? Il ne serait pasraisonnable d’espérer, et je n ‘espère pas, que vous pourrezaccomplir maintenant des progrès sensibles. Votre plus bellechance est passée, et vous m’en voyez infiniment désolé. »
Que fit, à votre avis, Meade, en lisant cette lettre? Meade ne vit jamais cette lettre. Lincoln ne l’expédia pas. Elle fut trouvée dans ses papiers après sa mort.Je suppose, ce n’est qu’une supposition, qu’après avoir terminé samissive, Lincoln se mit à regarder par la fenêtre et se dit: «Unmoment... Ne soyons pas si pressé... Il m’est facile, à moi, assis tranquille ment à la Maison-Blanche, de commander à Meaded’attaquer ; mais si j’avais été à Gettysburg, et si j’avais vu autantde sang que Meade en a vu, si mes oreilles avaient été transpercées par les cris des blessés et des mourants, peut-être,comme lui, aurais-je montré moins d’ardeur à courir à l’assaut. Sij’avais le caractère timide de Meade, j’aurais sans doute agicomme lui. Enfin, ce qui est fait est fait. Si je lui envoie cette lettre, cela me soulagera, mais cela lui donnera l’envie de sejustifier : c’est moi qu’il condamnera. Il aura contre moi de l’hostilité et du ressentiment : il perdra la confiance en lui-même, sans laquelle il n’est pas de chef, et peut-être en viendra-t-il même à quitter l’armée. »C’est pourquoi, comme je l’ai dit plus haut, Lincoln rangea sa lettre, car une amère expérience lui avait appris que les reprocheset les accusations sévères demeurent presque toujours vains.
Théodore Roosevelt racontait qu’au temps de sa présidence, lorsqu’il se trouvait en face de quelque conjonctureembarrassante, il s’adossait à son fauteuil, levait les yeux vers ungrand portrait de Lincoln suspendu au mur, et se disait : « Que ferait Lincoln s’il était à ma place? Comment résoudrait-il ceproblème? »Alors, la prochaine fois que nous serons tentés de «passer un bonsavon » à quelqu’un, pensons à Lincoln et demandons-nous: «Queferait-il à notre place? »
Il arrivait à Mark Twain de laisser exploser sa colère dans sa correspondance. Un jour, à quelqu’un qui l’avait exaspéré, ilécrivit: «Tout ce qu’il vous faut, c’est une place au cimetière. Vousn’avez qu’un mot à dire et je me charge de vous la réserver. » Un eautre fois, parce qu’un correcteur avait tenté d’apporter quelqueamélioration « à son orthographe et à sa ponctuation », ils’adressa à la rédaction en ces termes : « Conformez-vous à monarticle et veillez à ce que ce correcteur garde ses conseils dans la bouillie qui lui tient lieu de cervelle. »Si ces lettres ont permis à Mark Twain de décharger sa bile, leur ton cinglant n’a jamais atteint ses destinataires. Mme Twain, eneffet, sans en souffler mot à son mari, a fait en sorte qu’elles ne soient jamais expédiées.Connaissez-vous une personne que vous voudriez corriger? Oui ? Parfait C’est une excellente idée. Mais pourquoi ne pas commencer par vous-même? Ce serait beaucoup plus profitable que d’essayer de corriger les autres, et... beaucoup moins dangereux.Commençons par nous corriger nous-mêmes.
Confucius disait : « Ne te plains pas de la neige qui se trouve surle toit du voisin quand ton seuil est malpropre. »
Quand j’étais jeune, j’étais fort prétentieux et je m’efforçais d’impressionner tout le monde. Un jour, j’adressai une lettre stupide à Richard Harding Davis, écrivain qui eut son temps decélébrité dans la littérature américaine. Je préparais un article surles méthodes de travail des hommes de lettres et je priai Davis deme renseigner sur les siennes. Malheureusement, quelquessemaines plus tôt, j’avais reçu une lettre d’une personne qui avaitajouté cette annotation : « Dicté mais non relu. » Cette formule m’avait plu. Voilà qui vous donnait l’air d’un personnageimportant, accablé de besogne! Pour moi, j’étais bien loin d’êtreaussi occupé, mais je désirais tant me grandir aux yeux de Richard Harding Davis que je terminai aussi ma brève note par les mots«Dicté mais non relu. »Le romancier ne répondit jamais à ma lettre. Il me la retournasimplement ornée de cette observation:«Votre grossièreté n’a d’égale que votre stupidité. »
C’est vrai,j’avais fait une gaffe, j’avais sans doute mérité cet affront. Mais,c’est humain, je détestai Davis pour l’humiliation qu’il m’avaitinfligée. Et ma rancune demeura si vive que, lorsque j’appris samort dix ans plus tard, le seul souvenir qui se réveilla dans monesprit — j’ai honte de l’avouer —, ce fut le mal qu’il m’avait fait.Si vous voulez demain faire naître des rancunes qui brûlerontpendant des lustres et persisteront peut-être jusqu’à la mort,adressez à ceux qui vous entourent quelques cinglantes critiques.Vous verrez le résultat, même si ces critiques sont parfaitementjustifiées à vos yeux!
Quand vous vous adressez à un homme, rappelez vous que vousne parlez pas à un être logique; vous parlez à un être d’émotion, à une créature tout hérissée de préventions, mue par son orgueil et par son amour-propre.
A cause des critiques féroces dont on l’avait accablé, ThomasHardy, un des écrivains les plus remarquables de la littératureanglaise, abandonna pour toujours son métier de romancier. Etc’est la médisance qui conduisit au suicide le poète anglais Thomas Chatterton.Benjamin Franklin, brutal et maladroit dans sa jeunesse, devint, par la suite, un si fin psychologue, il apprit si bien l’art d’influencer les hommes, qu’il fut nommé ambassadeur des Etats-Unis .Le secret de son succès? Le voici: «Je ne veux critiquer personne... je veux dire tout le bien que je sais de chacun.»Le premier imbécile venu est capable de critiquer, de condamneret de se plaindre. Mais il faut de la noblesse et de la maîtrise desoi pour comprendre et pardonner.«Un grand homme montre sa grandeur dans la manière dont il traite les petites gens », disait Carlyle.Bob Hoover, célèbre pilote d’essai entraîné aux acrobatiesaériennes, rentre chez lui à Los Angeles. Il quitte le terraind’aviation de San Diego lorsque, brusquement, à cent mètres dusol, ses moteurs s’arrêtent. Il manoeuvre avec toute l’habileté d’unpilote expérimenté et réussit à se poser. Les passagers sontindemnes mais l’avion, un appareil à hélices de la Deuxième Guerre mondiale, est sérieusement endommagé.Hoover a un pressentiment et son premier réflexe, aprèsl’atterrissage forcé, est d’aller examiner le carburant dans leréservoir. Il a deviné juste. Ce n’est pas avec de l’essence qu’on arempli le réservoir, mais avec du kérosène.De retour à l’aéroport, il demande à voir le mécanicienresponsable. Hoover voit le jeune homme écrasé sous le poids deson erreur. L’angoisse se lit sur son visage en larmes. Par sa faute,un appareil coûteux est hors d’usage et trois personnes ont failliperdre la vie.Le pilote fier et méticuleux qu’est Hoover va sûrement donnerlibre cours à sa colère et l’accabler de reproches sur sa négligence.Au lieu de le blâmer et de le critiquer, Hoover passe son brasautour des épaules du jeune homme et lui dit : « Je suis convaincuque tu ne referas jamais plus cette erreur. Et, pour te le prouver,je tiens à ce que ce soit toi qui t’occupes demain de mon F 51. »

Extraits de "COMMENT SE FAIRE DES AMIS" de DALE CARNEGIE
Citations de LINCOLN
«Mieux vaut ne pas changer d'attelage au milieu du gué.»[ Abraham Lincoln ]
«Presque tous les hommes peuvent faire face à l'adversité ; mais si vous voulez tester la capacité de quelqu'un, donnez-lui le pouvoir.»[ Abraham Lincoln ]
«La perte d'un ennemi ne compense pas celle d'un ami.»[ Abraham Lincoln ] - Lettre

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