mercredi 5 août 2009

FAUT-IL FAIRE DES REPROCHES AUX AUTRES?

SI VOUS VOULEZ RÉCOLTER DU MIEL, NE BOUSCULEZ PAS LA RUCHE
(Extrait de "Comment se faire des amis" de DALE CARNEGIE)

Le 7 mai 1931, la ville de New York assista à une sensationnelle
chasse à l’homme. Après des semaines de recherches, «Two-Gun»
Crowley, l’homme aux deux revolvers, l’assassin, le gangster qui
ne fumait ni ne buvait, fut traqué dans l’appartement de sa belle,
dans West End Avenue.

Cent cinquante policiers l’assiégèrent dans sa cachette, au dernier
étage de l’immeuble. Perçant des trous dans le toit, ils essayèrent
de le faire sortir au moyen de gaz lacrymogènes. Puis ils
braquèrent leurs fusils sur les immeubles environnants et, pendant
plus d’une heure, ce quartier élégant de New York retentit du
claquement des coups de feu. Protégé par un gros fauteuil
rembourré, Crowley tirait sans relâche sur la police. Dix mille
personnes observaient, surexcitées, la bataille. On n’avait jamais
rien vu de semblable dans les rues de New York.
Après l’avoir capturé, le chef de la police, Mulrooney, déclara:
«Cet homme est un des criminels les plus dangereux que j’ai
connus. Il tue pour rien. »

Mais lui, Crowley, comment se considérait-il ? Tandis que la
fusillade faisait rage autour de lui, il écrivait une lettre destinée à
ceux qui trouveraient son cadavre. Le sang ruisselant de ses
blessures faisait une traînée rouge sur le papier. Dans cette lettre,
il disait: «Sous ma veste bat un coeur las, mais bon, et qui ne
ferait de mal à personne. »

Peu de temps avant ces événements, Crowley se trouvait à la
campagne, près de Long Island. Tout à coup, un agent de police
s’approcha de sa voiture arrêtée et dit: « Montrez-moi votre
permis. »
Sans articuler un mot, Crowley sortit son revolver et transperça le
malheureux d’une grêle de balles. Puis il sauta de son siège, saisit
l’arme du policier et tira encore une autre balle sur son corps
inerte. Tel était l’assassin qui déclarait: « Sous ma veste bat un
coeur las, mais bon, et qui ne ferait de mal à personne. »
Crowley fut condamné à la chaise électrique. Quand il arriva à la
chambre d’exécution, à la prison de Sing Sing, vous pensez peutêtre
qu’il dit: «Voilà ma punition pour avoir tué. » Non, il
s’exclama:
«Voilà ma punition pour avoir voulu me défendre.» La morale de
cette histoire, c’est que «Two-Gun»ne se jugeait nullement
coupable.

Est-ce là une attitude extraordinaire chez un criminel ? Si tel est
votre avis, écoutez ceci:
«J’ai passé les meilleures années de ma vie à donner du plaisir
et de l’amusement aux gens, et quelle a été ma récompense? Des
insultes et la vie d’un homme traqué
!
C’est Al Capone qui parle ainsi. Parfaitement L’ancien ennemi
public numéro un, le plus sinistre chef de bande qui ait jamais
terrifié Chicago, ne se condamne pas. Il se considère réellement
comme un bienfaiteur public, un bienfaiteur incompris, traité avec
ingratitude.

C’est ce que disait aussi Dutch Schultz avant de s’écrouler sous les
balles des gangsters de Newark. Dutch Schultz, l’un des bandits
les plus notoires de New York, déclara, au cours d’une entrevue
avec un journaliste, qu’il était un bienfaiteur public. Et il le croyait.
J’ai quelques lettres fort intéressantes de M. Lawes, directeur du
fameux pénitencier de Sing Sing. Il assure que peu de criminels, à
Sing Sing, se considèrent comme des malfaiteurs. Ils se jugent
tout aussi normaux que les autres hommes. Ils rai sonnent, ils
expliquent. Ils vous diront pourquoi ils ont été obligés de forcer un
coffre-fort ou de presser la détente. Par un raisonnement logique
ou fallacieux, la plupart s’efforcent de justifier, même à leurs
propres yeux, leurs actes antisociaux, et déclarent en conséquence
que leur emprisonnement est absolu ment inique.

Si AI Capone, « Two-Gun » Crowley, Dutch Schultz et tous les
malfrats sous les verrous se considèrent très souvent comme
innocents, que pensent alors d’eux-mêmes les gens que nous
rencontrons chaque jour, vous et moi?

John Wanamaker, propriétaire des grands magasins qui portent
son nom, dit un jour: «Depuis trente ans, j’ai compris que la
critique est inutile. J’ai bien assez de mal à corriger mes propres
défauts sans me tourmenter parce que les hommes sont imparfaits
et parce que Dieu n’a pas jugé bon de distribuer également à tous
les dons de l’intelligence.

Wanamaker en avait pris conscience très tôt. Pour moi, j’ai lutté
pendant un tiers de siècle avant d’apercevoir la première lueur de
cette vérité : quatre- vingt dix-neuf fois sur cent, l’être humain se
juge innocent, quelle que soit l’énormité de sa faute.
La critique est vaine parce qu’elle met l’individu sur la défensive et
le pousse à se justifier. La critique est dangereuse parce qu’elle
blesse l’amour-propre et qu’elle provoque la rancune.

Les expériences de B.E Skinner, psychologue de réputation
internationale, ont démontré que l’animal dont on récompensait la
bonne conduite apprenait beaucoup plus rapidement et retenait
mieux que l’animal puni pour son mauvais comportement. Des
études plus récentes ont montré qu’il en allait de même pour l’être
humain car, en critiquant, nous n’obtenons pas de changement
durable. Nous nous attirons, au contraire, rancune et amertume.

Un autre psychologue célèbre, Hans Seyle, dit:
«Autant nous sommes avides d’approbation, autant nous
redoutons le blâme
»

La critique provoque la rancune et peut, de ce fait, décourager
sérieusement employés, amis, entourage familial, sans pour
autant redresser la situation.

George B. Johnston, d’Enid, Oklahoma, chargé de la sécurité dans
une entreprise de mécanique, doit veiller à ce que les employés
portent un casque de protection. Autrefois, lorsqu’il rencontrait des
ouvriers nu-tête, il leur ordonnait de se plier au règlement sur un
ton qui n’admettait pas la réplique. On s’exécutait à contrecoeur
et, dès qu’il avait le dos tourné, on retirait son casque. Il décide
donc de changer sa façon de faire. Lorsque l’occasion se
représente, il demande si le casque n’est pas de la bonne taille... Il
rappelle alors sur un ton volontaire ment aimable que le casque
est conçu pour éviter les accidents, et suggère de toujours le
porter pendant le travail. Depuis, c’est sans rechigner que les
ouvriers se conforment au règlement.

L’histoire est truffée d’exemples illustrant l’inanité de la critique.
Ainsi, voyez le scandale du pétrole à Teapot Dome. Pendant
plusieurs années, les journaux frémirent d’indignation. Jamais de
mémoire d’homme, on n’avait vu pareille chose en Amérique. Voici
les faits : Albert Fall, ministre de l’Intérieur sous le gouvernement
du président Harding, fut chargé de louer les terrains pétrolifères
du gouvernement à Elk Hill et à Teapot Dome, terrains destinés
ultérieurement à l’usage de la marine. Au lieu de procéder par voie
d’adjudication, Fall remit directe ment l’opulent contrat à son ami
Edward Doheny. Et que fit à son tour Doheny ? Il donna au
ministre Fall ce qu’il lui plut d’appeler «un prêt» de cent mille
dollars. Ensuite, Fall expédia un détachement de soldats
américains dans cette région pétrolifère pour en chasser les
concurrents dont les puits adjacents tiraient le pétrole des
réserves de Elk Hill. Ces concurrents, expulsés à la pointe des
baïonnettes, se ruèrent devant les tribunaux et firent éclater le
scandale de Teapot Dome ». Le scandale ainsi révélé ruina
l’administration de Harding, écoeura une nation entière, faillit
briser le parti républicain et amena Albert B. Fali derrière les
barreaux d’une prison.
Fall fut condamné sévèrement. Montra-t-il du repentir? Nullement
! Quelques années plus tard, Herbert Hoover insinuait, dans un
discours, que la mort du président Harding était due à l’angoisse
et au tourment qu’il avait soufferts à cause de la trahi son d’un
ami. Quand Mme Fall entendit cela, elle bondit d’indignation,
pleura, se tordit les mains, maudit la destinée et cria: « Quoi !
Harding trahi par Fall? Non! Non! Mon mari n’a jamais trahi
personne. Cette maison toute pleine d’or ne suffirait pas à le
tenter! C’est lui qu’on a trahi et mis au pilori! »

Vous voyez ! Voilà une manifestation typique de la nature
humaine: le coupable qui blâme tout le monde, sauf lui-même.
Mais nous sommes tous ainsi faits.
Aussi, lorsque demain nous serons tentés de critiquer quelqu’un, rappelons-nous Al Capone,
«Two-Gun» Crowley et Albert Fail. Sachons bien que la critique est
comme le pigeon voyageur: elle revient toujours à son point de
départ.
Disons-nous que la personne que nous désirons blâmer et
corriger fera tout pour se justifier et nous condamnera en retour.
Ou bien, comme tant d’autres, elle s’exclamera: «Je ne vois pas
comment j’aurais pu agir autrement»
Extrait de "COMMENT SE FAIRE DES AMIS" de DALE CARNEGIE

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